By Jean-Paul Erhard On vendredi, janvier 13 th, 2017 · no Comments · In

Selon le dernier rapport de l’Organisation Internationale du Travail, la croissance économique demeure décevante et les déficits en matière de travail décent restent massifs. Le taux mondial du chômage devrait légèrement augmenter de 5,7 à 5,8 pour cent en 2017, représentant une hausse de 3,4 millions du nombre de sans-emploi.En 2017, le nombre de chômeurs dans le monde devrait atteindre un peu plus de 201 millions – avec une hausse supplémentaire attendue pour 2018 de 2,7 millions – puisque le rythme de croissance de la population active dépasse celui des créations d’emploi, selon le rapport Emploi et questions sociales dans le monde – Tendances 2017 (WESO) de l’OIT.

Les taux de chômage en Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest demeurent élévés, et une réduction importante du taux de chômage est anticipé pour un nombre limité de pays, tels que la Croatie, l’Irlande, les Pays-Bas, le Portugal et l’Espagne.

Le chômage devrait baisser en 2017 dans les pays développés, ramenant le taux à 6,2 pour cent, mais le rythme d’amélioration s’essouffle et des signes de chômage structurel se manifestent. En Europe comme en Amérique du Nord, le chômage de longue durée demeure obstinément élevé par rapport aux niveaux d’avant la crise et, dans le cas de l’Europe, il continue de grimper en dépit des taux de chômage en baisse.

Dans l’UE-28, la part des personnes au chômage depuis douze mois ou plus a atteint 47,8 pour cent au deuxième trimestre de 2016, contre 44,5 pour cent à la même période en 2012. En outre, au cours de la même période, plus des deux tiers des chômeurs de longue durée – soit 6 millions de personnes – étaient au chômage depuis plus de deux ans.

« Nous sommes confrontés à un double défi: réparer les dommages causés par la crise économique et sociale mondiale et créer des emplois de qualité pour les dizaines de millions de personnes qui arrivent chaque année sur le marché du travail », déclare le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder.

« La croissance économique continue de décevoir et de sous-performer – de par son niveau et son degré d’inclusion. Cela dresse un tableau inquiétant pour l’économie mondiale et sa capacité à générer suffisamment d’emplois – à plus forte raison des emplois de qualité. La persistance d’un haut niveau d’emploi vulnérable, associée à un net manque de progrès dans la qualité des emplois – même dans les pays où les chiffres globaux s’améliorent – est alarmante. Nous devons veiller à ce que les gains de croissance soient partagés de manière inclusive », ajoute-t-il.

Le rapport montre que les formes vulnérables d’emploi – c’est-à-dire les travailleurs familiaux non rémunérés ou les travailleurs à leur propre compte – devraient toujours constituer plus de 42 pour cent de l’emploi total, soit 1,4 milliard de personnes dans le monde en 2017.

« Dans les pays émergents, près d’un travailleur sur deux occupe un emploi vulnérable, et ce sont plus de quatre travailleurs sur cinq dans les pays en développement », affirme Steven Tobin, économiste principal à l’OIT et principal auteur du rapport.

Les déficits de travail décent entretiennent le mécontentement social et la volonté d’émigrer

Le rapport met en évidence que la baisse de la pauvreté au travail ralentit, menaçant la perspective d’éradiquer la pauvreté comme le prévoient les Objectifs de développement durable des Nations Unies. Le nombre de travailleurs gagnant moins de 3,10 dollars par jour devrait même augmenter de plus de 5 millions au cours des deux prochaines années dans les pays en développement.

Parallèlement, le rapport rappelle que l’incertitude générale et la pénurie d’emplois décents, entre autres facteurs, alimentent les troubles sociaux et l’émigration dans de nombreuses régions du monde.

Entre 2009 et 2016, la part de la population en âge de travailler désireuse de s’expatrier a augmenté dans presque toutes les régions du monde, exceptions faites de l’Asie du Sud, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique. L’augmentation la plus importante concerne l’Amérique latine, les Caraïbes et les Etats arabes.

Appel en faveur d’une coopération internationale

S’agissant des recommandations stratégiques, les auteurs estiment qu’un effort coordonné pour adopter des mesures de relance budgétaire et augmenter les investissements publics en fonction des marges de manœuvre de chaque pays, aurait un effet de relance immédiat de l’économie mondiale et réduirait le chômage mondial en 2018 de près de 2 millions par rapport aux prévisions initiales.

Toutefois, ces efforts devraient s’accompagner d’une coopération internationale.

« Stimuler la croissance économique de manière équitable et inclusive suppose d’adopter une approche multidimensionnelle qui s’attaque aux causes sous-jacentes de cette stagnation prolongée, comme l’inégalité des revenus, tout en prenant en considération les spécificités de chaque pays », conclut Steven Tobin.

Source : OIT