By Florence Thibaut On jeudi, octobre 02 nd, 2014 · no Comments · In

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Consultant diversité, speaker, philosophe français et fondateur du réseau humain, un réseau social pour les acteurs de l’handicap, Jean-Baptiste Hibon se dédie à combattre les stéréotypes qui gravitent autour des moins valides. Travailleurs comme les autres, en particulier depuis l’accélération des avancées technologiques, les personnes handicapées apportent beaucoup à une organisation, qu’il s’agisse d’innovation, de flexibilité, de techniques managériales différentes ou d’aménagements qui peuvent profiter à tous. Leur intégration dit beaucoup sur la culture d’une entreprise et les valeurs qu’elle véhicule.

Lui-même doté d’un handicap, Jean-Baptiste Hibon se sert de son expérience quotidienne pour éveiller les consciences à la richesse d’une diversité de parcours.« Le handicap invite à réinventer l’écoute et les techniques managériales, introduit-il. Les personnes moins valides sont des collaborateurs comme les autres, sauf que ce sont des éveilleurs de savoir-vivre et de savoir-être ». Demandant une autre approche par rapport au travail, ces travailleurs remettent en question nos modes de fonctionnement et la façon d’encadrer les équipes. « Chacun, quel que soit son niveau dans l’entreprise, est amené à jouer un rôle pour insérer les personnes en situation de handicap. C’est une invitation à la solidarité et à l’attention à l’autre ».
Pour bien comprendre le statut du handicap dans nos sociétés et nos organisations, il a développé toute une anthropologie basée sur l’étude des rapports de force. Avec beaucoup d’humour, il intervient fréquemment dans les entreprises pour partager son vécu et dédramatiser le handicap.« Mon job est de faire comprendre aux salariés, aux managers ou au Comité exécutif, comment dépasser leurs clichés. Je suis un aimant à préjugés ! A moi de leur donner les moyens psychologiques pour les contourner. Les moyens qu’ils ont utilisés par rapport à moi peuvent être applicables dans d’autres situations et avec d’autres personnes ».

Chacun à sa place

Engager un employé handicapé demande de réfléchir à la manière dont le travail est effectué, pensé et valorisé. « Accueillir un travailleur moins valide demande de réfléchir à des compensations et des avantages non matériels, comme une meilleure organisation du travail ou des aménagements des tâches auxquels on aurait pas pensés et qui peuvent être appréciés par tout le monde, poursuit Jean-Baptiste Hibon. Il ne faut surtout pas vouloir faire à la place de l’autre, mais plutôt penser à comment faire en sorte que chacun soit à la bonne place, dans la bonne fonction ».
La première chose à faire avant d’intégrer ces travailleurs est donc de s’attaquer de front aux préjugés qui courent sur leur compte. Trop souvent perçus comme des victimes, voir des personnes peu efficaces ou faibles, il s’agit de renverser les perceptions et transformer le handicap en opportunité. « Les travailleurs handicapés sont avant tout des experts en humanité. Ils nous renvoient à nos propres erreurs. Ce sont des témoins particuliers et des amplificateurs de la nature humaine. Ils disposent d’une expérience utile à d’autres. Il faut d’abord changer de regard et accepter la différence. Dans tout recrutement, il y a des préjugés, qu’il s’agisse d’âge, de genre ou de diplôme. En ajoutant l’handicap, c’est loin d’être évident ! Ces idées préconçues font partie de la nature humaine. En prendre conscience permet de les dépasser et d’adopter des politiques de diversité plus adaptées. C’est un travail individuel, mais aussi collectif. Il s’agit de créer ensemble une culture d’entreprise fondée sur la tolérance et l’inclusion ».
Dans cette optique, la sémantique et les mots choisis pour parler de l’handicap jouent un rôle important. « Le mot « handicapé » est un qualificatif, pas un nom. Mon handicap me qualifie, il ne me résume pas. Il met en valeur mon unicité. « Grâce à » est plus valorisant « qu’à cause de ». Ce sont ces représentations qu’il faut modifier. Au final, une culture n’est véhiculée que par des mots ».

Catalyseur d’innovation

En essayant d’aménager leur quotidien et d’adapter leur environnement à leurs besoins, certaines personnes moins valides ont permis des innovations qui ont gagné le grand public et figurent aujourd’hui comme des commodités. Le sms, par exemple, a été inventé par une personne sourde. Et Jean-Baptiste Hibon de confirmer : « En agissant comme une loupe sur la réalité humaine, l’handicap peut être un catalyseur d’innovation et un vecteur de changement ».
Une fois le choix posé d’accueillir un collaborateur moins valide, en terme de plateformes technologiques, les outils ne manquent pas. Tadeo, par exemple, permet aux salariés sourds de pouvoir mieux communiquer avec les autres et de travailler comme tout le monde. Créée par un groupement d’entreprises qui souhaitaient mieux intégrer leurs employés malentendants, l’interface fonctionne comme un intermédiaire et permet de transformer écriture en son. L’outil dactylographie tout ce qui se dit en temps réel. « Cet outil permet aussi de prendre note lors d’une réunion, de conserver une trace des échanges, cela peut être intéressant pour différentes catégories de travailleurs. A partir de cette réalité de la surdité, le handicap peut permettre de faire avancer tout le monde. C’est ça qui est formidable! ».
C’est aussi la mission que s’est donné le Réseau Humain, une sorte de Facebook pour les personnes concernées par le monde du handicap. « En fédérant ces acteurs, on crée du lien et on rassemble les bonnes idées. Etre autonome, c’est savoir demander de l’aide à la bonne personne. C’est ça le fondement du réseau. Le handicap est encore trop livré au système D, soit débrouille-toi. Le partage de connaissances et d’expériences peut avoir un impact durable sur la vie des personnes. Nous sommes à la veille d’une ère numérique formidable. Mon ambition est de tirer le handicap vers le haut ».
S’il existe des entreprises pionnières matière d’intégration des moins valides, leur action est généralement trop peu connue. Le groupe L’Oréal, par exemple, a aménagé certaines lignes de production dans les usines afin de permettre à tout le monde d’accéder à ces emplois. En améliorant le confort au travail, il a aussi permis d’augmenter sa productivité. « Bien souvent, même au sein d’une entreprise, les services sont cloisonnés. On ne sait pas toujours ce qui se fait de bien ailleurs. Partager ses expériences et ses difficultés est essentiel pour avancer. A partir du moment où l’entreprise est attentive à chacune de ses fragilités humaines, il y a forcément un gain d’efficacité », achève Jean-Baptiste Hibon.