By Florence Thibaut On vendredi, avril 18 th, 2014 · no Comments · In
Christiane Wickler

Christiane Wickler

A la tête du Pall Center depuis plus de vingt ans, cheffe d’entreprise, politicienne green, fille d’entrepreneurs et mère de quatre enfants, Christiane Wickler est sur tous les fronts. Il faut oser, s’imposer, arrêter de s’excuser d’être là et en finir avec la légendaire discrétion féminine, c’est le message qu’elle fait passer en tant que Directrice de la Fédération des Femmes Cheffes d’entreprises, une émanation de l’Union luxembourgeoise des entreprises.

Créée en 2004, cette fédération se veut un relais d’expériences positives pour promouvoir l’entreprenariat au féminin. Conférence, formations et rencontres informelles composent le programme.« Cette association est née d’une envie de se fédérer et secouer les idées reçues. On veut montrer que la femme cheffe ça existe, et que ça a de l’avenir ! Il faut absolument sortir de l’excès de modestie typiquement féminin, affirme Christiane Wickler. Les femmes ont souvent peur d’être trop offensives. C’est sans doute un des effets de notre éducation judéo-chrétienne. Elles ont pourtant souvent une vision riche du futur ».
Déclinaison régionale d’un mouvement international, le chapitre luxembourgeois collabore fréquemment avec ses homologues du monde entier, notamment dans le cadre du réseau Femmes Cheffes d’entreprises Mondiales.« Les problèmes et les besoins sont les mêmes partout dans le monde, même si, bien sûr, le degré d’intolérance est variable selon la région. En tant qu’européenne, nous avons déjà beaucoup de chance. Nous pouvons remercier nos grand-mères ».

Diversité complémentaire

Promouvoir les femmes dans l’entreprise ou dans le monde politique ne doit pas se faire au détriment des hommes pour autant. Ils sont les premiers à être concernés par cette révolution silencieuse. Et Christiane Wickler de constater : « les femmes travaillent différemment, pas mieux, pas moins bien que les hommes, c’est un des messages que nous souhaitons faire passer. C’est la comparaison qui est nocive. La compétition doit rester hors de l’entreprise et le pouvoir dans la politique. Dans le cas d’une entreprise, c’est aux RH qu’il revient de faire tomber les barrières ».
L’atout de la diversité dépasse largement le cadre d’une question de genre. C’est toute la société qui doit se réinventer. « Nous devons absolument pousser le « ensemble. C’est bien la diversité au sens large qui est bénéfique, qu’il s’agisse de cultures, de religions, d’âges, d’expériences ou de préférences sexuelles. Luxembourg est une terre sainte pour cela. Dans une assemblée de chefs d’entreprise, on peut y trouver le monde entier. C’est une grande source de richesses. C’est notamment là-dessus que le pays doit miser ».

« C’est le propre de la femme d’entreprise. On ne joue pas au casino, ni au Monopoly. On envisage généralement le long terme ».

Éduquer à l’autre

Affaire de tous, l’équilibre des genres suppose une éducation dès le plus jeune âge. Pour être entrepreneuse à part entière, il faut accepter qu’on ne peut plus tout faire toute seule. « Derrière chaque femme cheffe, il y a un homme qui l’a accepté. Le travail ménager peut facilement être outsourcé, mais il faut quelqu’un qui tienne la famille ensemble. Cela dit, il ne s’agit pas seulement d’une problématique de genres. Si on ne se centre que sur la femme, cela se résume à de la castration. Il faut apprendre à nos enfants la tolérance au sens large ».
Mère de deux garçons et deux filles, dont certains travaillent chez Pall Center, Christiane Wickler a eu la chance de bénéficier de l’appui solide de son mari. « Je suis sur scène, il est en coulisse. L’un ne va pas sans l’autre. Sans lui je n’y serais pas arrivée. Avant d’être entrepreneuse, je suis mère, même si c’est vrai que j’ai rarement poussé le landau ni fait des châteaux de sable avec mes enfants, confie-t-elle. Avoir son entreprise impose des sacrifices. Bien sûr, les enfants se comparent à ceux qui ont une maman qui vient les chercher à la maison. C’est parfois dur. Maintenant qu’ils sont grands, j’ai une relation incroyable avec eux. Là j’ai mon ROI. C’est d’ailleurs le propre de la femme d’entreprise. On ne joue pas au casino, ni au Monopoly. On envisage généralement le long terme ».

En finir avec la culpabilité

Le principal frein à l’entreprenariat féminin, outre la peur d’échouer, c’est la culpabilité.« Lancer son entreprise est souvent une expérience borderline. Les femmes sont nombreuses à se poser trop de questions. Le plus grand obstacle est la peur de sauter et du jugement des autres. Il faut croire en son projet et gérer son sentiment de culpabilité. Combien de fois on ne m’a pas reproché de ne jamais être à aux réunions de parents ! Il faut s’organiser autrement, s’adapter en permanence et trouver des soutiens partout où on peut. Quand on est dans la justification, on perd du temps. De manière générale, je trouve qu’on manque beaucoup de leadership et d’innovation en Europe. On craint trop le risque ».
Si, traditionnellement, l’entretien du réseau était une tâche allouée aux femmes, notamment par le biais du lavoir, en 2014, elles semblent parfois ne plus savoir comment faire.« Elles doivent réapprendre à s’afficher. Les hommes ont ce qu’on appelle la distance cravate, les femmes doivent la créer, achève l’entrepreneuse. Un meilleur équilibre viendra avec le temps. Le monde politique est complètement perdu dans ce domaine. Je crois beaucoup en la jeune génération, une nouvelle dynamique est en marche ».