By Florence Thibaut On Vendredi, juin 27 th, 2014 · no Comments · In

Alexandre Baudet

Alexandre Baudet

Depuis 2002, une équipe du CRP Henri Tudor se consacre au développement de TAO, une plateforme IT open-source spécialisée dans l’évaluation des compétences. Un récent projet de recherche est venu se greffer au programme initial et vise désormais la création de nouveaux modules devant notamment permettre de faciliter les auto-évaluations des employés, comme des demandeurs d’emploi. Modulaire et conçu sur base d’une technologie ouverte, l’outil choisi est amené à s’étendre. Dès le début, l’ajout de plug-in a été envisagé.

En douze ans, le projet TAO a fait des émules. Il est aujourd’hui utilisé à travers le monde, et notamment dans le cadre des études PISA et PIAAC de l´OCDE. Créée en partenariat avec l’Université du Luxembourg, la plateforme open-source d’e-testing est actuellement distribuée via Open Assessment Technology S.A, une spin-off du CRP Henri Tudor. Développé sur base open source et disponible gratuitement, l’outil se veut flexible pour permettre tant des auto-évaluations de compétences, que des études plus approfondies. Les revenus engrangés par un réseau de partenaires internationaux, permettent à l’équipe d’Open Assessment Technologies de poursuivre et de coordonner le développement communautaire de l’outil, auquel le Centre continue de participer, notamment afin d’étendre la palette de possibilités pour les RH.
« La solution TAO a toujours été dans une phase de développement continu, explique Thibaud Latour, responsable de l’unité de recherche Knowledge Intensive Systems & Services au sein du CRP Henri Tudor et co-fondateur de la spin-off. Pour le dernier module d’évaluation des compétences, nous améliorons quotidiennement son utilisation. Nous l’avons souhaité générique pour qu’il colle à différents types de métiers. Dans la même logique, les cadres de référence restent volontairement généraux ». Pour se faire, la plateforme d’auto-évaluation des compétences a déjà été pré-testée par différents groupes d’utilisateurs.« Dans sa phase béta, elle a déjà été testée par des soldats en phase de réorientation, ainsi que sur un groupe d’ingénieurs. La prochaine vague sera constituée d’employés de différents secteurs et idéalement de demandeurs d’emploi », soutient Alexandre Baudet, chercheur pour le département Service Science & Innovation du CRP.

Reconnaissance de compétences

Ce nouveau module consacré à l’auto-évaluation des compétences est une bonne illustration des potentialités de la plateforme TAO. Ce module s’appuie, entre autres, sur une thèse de doctorat en psychologie réalisée par Alexandre Baudet, cherchant à déterminer comment des descriptifs de fonction pourraient être transformés automatiquement en tests et de quelle manière un descriptif de fonction pourrait se traduire en questions permettant de valider des compétences. « Le but de ce nouvel outil est de permettre à tout individu d’auto-évaluer ses compétences en toute autonomie, et ce, à partir du site internet ou de l’intranet de son organisation au moyen d’un questionnaire centré sur les compétences spécifiques de son travail dans l’organisation. Les utilisateurs potentiels sont multiples, qu’il s’agisse de demandeurs d’emploi, de salariés cherchant à accéder à une autre fonction, ou encore de travailleurs en reconversion. L’auto-évaluation peut permettre à un employé d’enrichir et formaliser la discussion avec son manager, mais aussi d’être plus actif dans tout le processus. Cela lui donne également l’impression que sa voix compte », explique ce dernier. Pour les acteurs de l’emploi, l’outil peut, par exemple, permettre de vérifier le potentiel d’orientation d’un demandeur d’emploi.
De longue haleine, le projet de développement devrait encore durer deux ans. « Il va se diviser en deux grands volets : technologique avec tout ce qui relève de la programmation, et une partie expérimentale avec des tests en entreprise et des expérimentations contrôlées sur le terrain », précise encore Thibaud Latour.

Atouts RH

Pour les départements RH, un tel outil d’auto-évaluation n’est pas sans intérêt sur le plan économique. Il peut facilement venir s’imbriquer dans l’entretien d’évaluation annuel. Il peut également être porteur de valeur ajoutée pour tout ce qui a trait à la formation et à la mobilité interne.
Et Alexandre Baudet d’embrayer: « il existe toute sorte de manières de vérifier des niveaux de compétences. Le plus efficace est sans aucun doute le test de connaissances, mais il est très cher à construire, à faire passer, à corriger. La simulation ou essai de travail est également une méthode répandue, mais tout aussi onéreuse. Enfin, l’auto-évaluation, si elle est plus subjective, beaucoup plus facile à mettre en place, mais pêche par son manque de validité. Notre outil, qui permet de bénéficier des avantages de l’auto-évaluation tout en améliorant la validité, peut tout à fait s’intégrer dans une démarche globale d’évaluation ou mener à des recommandations de formation. Comme il est web-based, l’utilisateur pourra, d’un clic, choisir de partager ses résultats avec le management ou non ».
Différentes étapes doivent encore être remplies pour parfaire le prototype. Il faudra tout d’abord rendre l’outil accessible à différents publics et confirmer le gain de fiabilité observé lors du travail de thèse (jusqu’à trois fois plus de précision que les auto-évaluations classiques), quel que soit le métier ou le type d’organisation. « Il nous reste à confirmer et généraliser la validité des résultats issus de la recherche initiale pour un plus large ensemble de cas de figure, à travers de nombreuses expérimentations en situation réelle. Grâce à un coup de pouce de la Fondation pour la Construction de l’Avenir du Luxembourg, nous sommes assurés de pouvoir continuer nos travaux de recherche. La solution doit encore être améliorée et affinée afin de pouvoir s’intégrer parfaitement à TAO », termine Thibaud Latour. A terme, des partenariats avec l’ADEM ou d’autres organisations publiques/privées pourraient voir le jour.