By Florence Thibaut On jeudi, février 27 th, 2014 · no Comments · In
La population européenne vieillit et la proportion de citoyens au travail diminue à grande vitesse. Partagée par les 27, cette tendance démographique lourde s’accentue et aura des conséquences socio-économiques non négligeables, qu’il s’agisse de pensions, de formation ou d’allongement des carrières. Malgré ce constat connu, trop peu d’organisations intègrent déjà cette évolution dans leurs politiques RH.

Aménagement des parcours, planification et gestion stratégique des ressources doivent être au programme afin de préparer le marché du travail à faire face à cette pénurie. Pour éclairer ce phénomène complexe et tenter de déterminer comment garder les seniors plus longtemps au travail, l’Institut Universitaire International de Luxembourg organisait ce 27 février une matinée dédiée aux 50+. « La structure du marché du travail change partout en Europe, même si le taux de fertilité chute particulièrement à l’ouest, introduit Pol Wagner, Directeur de l’IUIL. Le nombre d’actifs diminue, ce qui a déjà un impact certain en termes d’emploi. Il faudra faire face à un changement structurel massif dans les années à venir ».
Pour tenter d’apporter une réponse, la stratégie 2020 de l’UE a fixé l’employabilité au cœur de sa stratégie. L’horizon d’ici là, est d’atteindre les 75% de taux d’emploi. Pour réussir à créer de l’emploi, il faudra aussi parvenir à stimuler la croissance économique. « Le marché européen du travail a été sérieusement touché par la crise. Le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans atteint les 20%. Le taux global tourne autour de 10%. Dès 2020, le déclin moyen annuel de la population active entre 20 et 64 ans sera de 0,4%. La structure de la population est déjà en train de changer. Sans immigration, le scénario est catastrophique », met en garde Jörg Peschner, DG Employement, affaires sociales et inclusion à la Commission Européenne.

Disparités régionales

Les situations et les difficultés diffèrent au sein des pays de la Grande Région. Le Luxembourg a comme spécificité de faire face à une migration constante. Le pays a besoin d’une croissance significative de l’emploi afin de pouvoir l’absorber. D’ici 2019, le taux d’emploi sera en baisse. Pour maintenir son niveau de richesse actuel, le Grand Duché aura alors besoin d’une croissance de 2%. Pour cela, il lui faudra doubler sa productivité et atteindre son niveau d’avant la crise. Du côté de la France, la productivité est aussi insuffisante pour dynamiser le marché du travail. « Le taux d’emploi féminin n’y est actuellement que de 70%. C’est une des pistes à creuser », souligne Jörg Peschner. L’Allemagne, quant à elle, est victime de son succès actuel sur le marché du travail, puisqu’elle a peu de chômeurs et donc peu de potentiel de recrutement à moyen terme. « L’horizon temporel varie d’un pays à l’autre. Si on prend les chiffres d’Eurostat, l’Allemagne, par exemple, a très peu de temps devant elle. Elle risque de faire face à une pénurie de main d’œuvre avant 2020. En Belgique, la période charnière tournera plutôt autour de 2035. Cela dit, chacun devra faire en sorte d’exploiter les ressources qu’il possède, surtout celles qui sont peu utilisées, qu’il s’agisse de travailleurs plus âgés ou des personnes traditionnellement hors du circuit de l’emploi. Il y a beaucoup de « gaspillage » à limiter. Il faut maximiser la main d’œuvre disponible. A l’échelle européenne, je privilégie la piste de la formation et de l’éducation pour doper la productivité et l’innovation. Certains de nos compétiteurs, comme les Etats Unis et l’Inde, disposent d’une croissance de leur population active, c’est un atout de taille ».

Réponses défensives

Les réponses apportées à ce déséquilibre démographique varient également selon les pays, malgré l’impulsion européenne. Dès 1997, le processus d’alignement PAN a amené un coup d’accélérateur. Franz Clément, Conseiller scientifique au Centre de recherche CEPS/ INSTEAD, dresse un panorama des politiques publiques liées au vieillissement actif. « Il en existe quatre grandes catégories. On parle beaucoup de politiques défensives, soit par exemple, des réglementations ou des lois qui modifient les régimes de retraite. Ensuite, les politiques actives ont pour objet de soutenir et développer l’emploi. Elles sont généralement moins nombreuses. La troisième catégorie entend favoriser le retour à l’emploi des travailleurs âgés. Enfin, il y a aussi des mesures de sensibilisation », introduit-il.
Parmi les mesures défensives, au Luxembourg, par exemple, à partir de 2002, les dernières années de carrière ont été financièrement valorisées afin de maintenir les 50+ en activité. Celui qui prolonge sa carrière touchera davantage de pension. Même logique du côté de la loi belge qui prévoit des bonus pension depuis 2007. En Allemagne, en 2004, la décision a été prise de déconnecter le niveau de salaire des cotisations. En 2007, une loi a fait passer l’âge minimum de la pension de 65 à 67 ans. Du côté de la France, on a aussi allongé la durée de cotisation. Elle sera de 43 ans d’ici 2035. « Nous sommes face à une profusion de mesures. La plupart d’entre elles sont défensives et plutôt liées à la formation ou la reformation. La politique sociale est une des matières les plus difficiles à intégrer au niveau européen, soutient Franz Clément. « Les traditions et les dispositifs sociaux sont peu convergeables. La manière d’envisager le dialogue social est très différente selon qu’on soit en Scandinavie ou dans la Méditerranée, d’autant plus que les conjonctures économiques ne sont pas du tout similaires. Tout uniformiser semble impossible. Le salaire en Hongrie ne sera jamais le même qu’au Luxembourg ».