By Florence Thibaut On lundi, août 04 th, 2014 · no Comments · In
Jean Diederich

Jean Diederich

Identifié comme une des voies de diversification de l’économie luxembourgeoise par le gouvernement, le secteur de l’ICT a le vent en poupe. Il représente environ 7% du PIB et d’après le STATEC,employait près de 4% de la population active du pays en 2012, soit 15.500 travailleurs. Pour la septième fois, l’étude « Les TICS, ton job d’avenir » conjointement menée par l’Apsi, la FEDIL et la CLC propose une photographie actuelle du secteur. Elle renseigne ainsi les étudiants sur les possibilités de formations et les catégories de métiers.

L’édition 2014 de l’enquête réalisée auprès de 183 entreprises révèle aussi que si le secteur repose sur des métiers classiques comme le développement de logiciels ou l’opération des réseaux, il ouvre aussi progressivement la voie à de nouvelles fonctions liées au gaming ou au marketing numérique. 605 embauches sont d’ores et déjà annoncées par ces organisations pour 2014, contre 417 pour 187 entreprises en 2013. Analyse, développement et maintenance de logiciels, administration de systèmes informatiques, et télécommunications composent le trio de tête pour cette année. Au niveau des fonctions les plus prisées, il s’agit encore de programmeur, développeur, chef de projet ou délégué commercial. Créée en 2000, l’Association des professionnels de la société de l’information est une association patronale sans but lucratif destinée à promouvoir le secteur de l’ICT grand-ducal. Interview avec Jean Diederich, Partner chez Kurt Salmon et récemment réélu à la tête de l’association.

Le secteur de l’ICT est en pleine expansion, sur quels métiers faudra-t-il miser à l’avenir?
Jean Diederich: « Une chose est sûre, aujourd’hui, au niveau métier, le digital est devenu de plus en plus large. Il n’y a presque plus de fonctions qui peuvent exister sans dimension IT. Les profils classiques resteront importants, mais d’autres prendront plus de place, notamment ceux liés au graphisme ou à la créativité. Tout dépendra des fonctions qui seront externalisées. Certains métiers ne seront plus compétitifs en France, en Belgique ou au Luxembourg. D’autres devront toujours rester présents localement, notamment tout ce qui touche à la gestion, au management, à la stratégie, à la qualité, la sécurité, la gouvernance, le change management… Ce sont des fonctions de haut-niveau et qui offrent assez de valeur ajoutée que pour justifier des salaires européens. Le domaine du Green IT continuera aussi à offrir de belles marges. Nous n’en sommes qu’au début dans nos régions. Pour tout ce qui a trait à la construction de logiciels simples, au testing ou au hekp desk, donc plutôt à la technologie dure, je suis moins certain de la plus-value locale. Il y a de grandes chances que ces métiers migrent progressivement vers le near-shore. C’est déjà souvent le cas, notamment dans le domaine du développement de logiciels spécifiques. Le secteur du placement de ressources et des cabinets de recrutement se situe à la limite. Dans le futur, je pense qu’il faudra davantage s’orienter vers un cadre européen. A ce titre, la Commission a un framework théorique intéressant des métiers du futur ».

Les entreprises admettent être de plus en plus exigeantes. Dans 90% des fonctions, un niveau BAC+2 est demandé. Que penser de ce constat?
« Les métiers deviennent de plus en plus spécialisés, c’est une tendance forte. Les pure profils ICT sont, selon moi, de moins en moins utilisables. Le marché réclame beaucoup de polyvalence. Il faut, par exemple, être un bon technicien et connaître le monde des paiements. Une partie du cerveau doit être dédiée au métier, l’autre à la technologie. L’ICT devient de plus en plus liée à des métiers fonctionnels. Ce type de profils est encore actuellement difficile à trouver. Ceux qui ont aujourd’hui une grande connaissance métier n’ont pas forcément une grande expertise en IT, cela pénalise de nombreux décideurs. Les plus jeunes qui font leur apparition sur le marché de travail, maîtrisent beaucoup mieux la technologie, mais n’ont pas cette expérience métier. Cela pose la question de la formation continue. Il est important de permettre aux plus seniors de se recycler et de prendre le train en marche ».

Les possibilités de formation locales ont-elles bien évolué depuis les débuts de l’Apsi?
« Il y a une certaine prise de conscience de l’importance de se former en continu. Le chômage augmente, l’IT est une des pistes pour en sortir. Différentes initiatives se sont mises en place, de l’enseignement secondaire, notamment dans un DAP d’informaticien qualifié et un Brevet de technicien supérieur en informatique, au Master, en passant par différents Bachelors et cours du soir. De manière générale, l’éducation nationale luxembourgeoise a accumulé un certain retard. On manque de cours d’informatique dès le plus jeune âge. Le pays a besoin de milliers de profils d’informaticiens moyens « classiques ». Je pense qu’on a trop été longtemps dans une forme d’élitisme en ne proposant que des formations très pointues. Cela a sûrement découragé beaucoup de jeunes. On manque d’options d’un niveau intermédiaire. Beaucoup vont encore se former à l’étranger. La risque est toujours qu’ils ne reviennent pas ensuite. Il y a une pénurie locale permanente qu’on ne parvient pas encore à changer. Tout cela va mettre du temps à évoluer ».

De manière générale, les jeunes connaissent-ils bien les perspectives de carrière dans l’ICT?

« De nombreux métiers ne sont pas bien connus des plus jeunes générations. Il y a là un vrai paradoxe, ce sont des utilisateurs actifs, des « super users » tombés dedans étant petits, mais ils ne savent pas ce qu’il y a derrière la boite noire. Ils ne sont pas toujours bien au fait des compétences nécessaires pour tel ou tel métier. Un des problèmes est que, bien souvent, les conseillers éducatifs n’en savent pas beaucoup plus. L’IT est un secteur d’avenir, il est urgent de former nos jeunes en rapport avec les besoins réels des entreprises. C’est ce qui fera la différence dans une économie de service telle que la nôtre ».
Retrouvez l’ensemble de l’étude ici!